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Valorisation & due diligence

Structure de capital et droit de vote : conserver le contrôle de son entreprise avant une levée

Comment structurer ton capital pour garder le contrôle avant une levée ? Catégories d'actions, droits de vote, classes d'actions, ce qu'un investisseur attend. Guide PME.

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Graphique hiérarchique montrant les niveaux de pouvoir dans une structure de capital, avec des bulles colorées pour les différentes classes d'actions, design financier bleu marine et or

En bref

  • Ta structure de capital détermine qui contrôle quoi : le capital (actions ordinaires) et les droits de vote (multiples ou simple).
  • Une levée de Série A te dilue typiquement de 20-40 % : tu passes de 100 % à 60-80 %. Pour rester au-dessus de 51 %, tu dois structurer en amont (droits multiples, levée petite, etc.).
  • Les investisseurs réclament des sièges de gouvernance et des droits de veto, même avec moins de 50 % du capital.
  • Un pacte d'actionnaires régit les vraies règles : droits de veto, liquidité, anti-dilution. C'est le contrat qui protège ton contrôle opérationnel.
  • Les catégories d'actions (ordinaire, B, C) et les droits de vote attachés doivent être clairs dès le départ pour éviter les disputes.

Pourquoi la structure de capital, c'est la fondation avant une levée

Quand tu commences ton entreprise avec des amis, la structure est simple : vous faites 50-50, basta. Mais dès que tu envisages une levée ou une acquisition, la structure devient un enjeu stratégique. Voici pourquoi.

D'abord, fiscalement et légalement, ta structure conditionne ce que tu peux faire après. Une EIRL (entrepreneur individuel à responsabilité limitée) ne peut pas lever des fonds (pas de capital-actions). Une SAS (Société par Actions Simplifiée) ouvre toutes les portes : tu peux créer des catégories d'actions, des droits de vote variables, des options d'achat. Une SARL est plus rigide (les parts sociales se transmettent difficilement à des investisseurs externes).

Ensuite, stratégiquement, ta structure détermine combien de contrôle tu perds avec chaque levée. Une dilution mal structurée peut te faire tomber de 100 % à 20 % en trois tours, pendant que tu pensais en rester à 40 %. Les investisseurs négocient d'abord sur le capital mais vraiment sur les droits de veto et la gouvernance.

Enfin, humainement, une mauvaise structure crée des frictions : un associé d'hier qui a 10 % du capital peut bloquer une fusion, un employé clé qui pensait avoir 5 % se rend compte que c'est des stock-options qu'il va vester sur 4 ans et qui s'en va de rage. Une structure propre, c'est prévenir la plupart des crises.

Les trois étages de contrôle : capital, vote, gouvernance

Il faut démêler trois concepts souvent confondus.

1. Le capital (la part économique)

C'est le pourcentage que tu possèdes. Si tu as 1 000 actions sur 2 000 totales, tu as 50 % du capital. Si l'entreprise vaut 2 M€ et tu meurs demain, tes héritiers héritent de 1 M€. C'est ce que tu possèdes économiquement.

Attention : le capital, c'est ce que les gens regardent en surface, mais c'est pas ce qui te contrôle opérationnellement. Un fondateur avec 30 % du capital mais les bons droits de veto contrôle plus qu'un gars avec 60 % mais sans droits.

2. Les droits de vote (le pouvoir de décision)

Normalement : 1 action = 1 voix. Si tu as 50 % du capital, tu as 50 % des droits de vote. Mais c'est pas obligatoire. Tu peux structurer :

  • Actions ordinaires : 1 voix chacune
  • Actions de classe B : 2 voix chacune (ou 10, selon tes statuts)
  • Actions de classe C : 0 voix (purement économiques)

Exemple réel : un fondateur français que je connais a 40 % du capital post-levée, mais 60 % des voix grâce aux actions de classe B. L'investisseur qui a 40 % n'a que 30 % des voix. Résultat : fondateur contrôle, investisseur gagne économiquement. Ça marche si les deux sont d'accord en amont.

3. La gouvernance (le contrôle opérationnel)

C'est qui décide vraiment, jour-à-jour. Ça se définit dans le pacte d'actionnaires et les statuts :

  • Décisions réservées au conseil d'administration : vente de l'entreprise, levée de fonds, embauche d'un directeur général
  • Décisions du PDG/gérant : budget, achats courants, négociations commerciales
  • Décisions de l'assemblée générale (les actionnaires) : approbation des comptes, augmentation de capital, changement de secteur d'activité

Un bon pacte te laisse comme PDG avec 80-90 % des décisions opérationnelles, même si un investisseur a 40 % du capital.

Comment structurer ton capital pour la levée

Illustration : Comment structurer ton capital pour la levée

Avant une levée, tu dois préparer :

Étape 1 : Audit de ta cap table actuelle

Qui a quoi ? Fondateurs, co-fondateurs, investisseurs angels, employés avec stock-options. Pour chaque :

  • Nombre d'actions ou de parts
  • Pourcentage du capital
  • Conditions de vesting (si c'est des options)
  • Droits attachés (ordinaires ou multiples)

Exemple d'une SAS avant levée :

  • Toi fondateur : 1 000 actions ordinaires (100 % du capital) = 100 %
  • Un co-fondateur parti : 0 actions (achetées back par la SAS ou annulées)
  • Un employé clé : 100 actions de classe B en options, vesting 4 ans (0 pour l'instant parce qu'il n'a pas encore vesting)

Étape 2 : Décider quels droits de vote tu veux garder

C'est la question stratégique : veux-tu contrôler absolument, ou partager le contrôle ?

Stratégie 1 : Contrôle absolu (rare après levée)

  • Tu gardes 51 % du capital ou des droits de vote
  • Ça signifie lever peu d'argent ou un investisseur qui accepte une position minoritaire
  • Avantages : tu decides seul, ça impressionne les futurs recrues
  • Inconvénients : dur à lever, difficile d'attirer un VC institutional

Stratégie 2 : Contrôle opérationnel avec partage de gouvernance (standard)

  • Tu perds de l'argent lors de levées (40 % après Série A par exemple) mais tu gardes le PDG + veto sur certaines décisions
  • L'investisseur et toi co-pilotez sur un board (2 sièges pour les fondateurs, 1-2 pour l'investisseur)
  • Avantages : plus facile d'attirer l'argent, tu décides les priorités jour-à-jour, l'investisseur a son mot sur les gros virages
  • Inconvénients : tu dois négocier chaque grande décision

Stratégie 3 : Accepter l'entrée d'un co-fondateur investisseur

  • Tu laisses 30 % du capital à un investisseur mais lui donner un co-CEO ou un COO avec veto partagé
  • C'est rare mais ça existe dans les bolides de croissance (fast-growing deeptech, cleantech)

Pour 95 % des PME en levée : stratégie 2. Tu cèdes le capital, tu gardes le contrôle opérationnel via le pacte d'actionnaires.

Étape 3 : Structurer les actions de classe

Avant la levée, tu dois avoir dans tes statuts une structure que les investisseurs accepteront. Exemple classique en France :

  • Actions ordinaires (classe A) : 1 voix chacune. C'est pour les investisseurs.
  • Actions de classe B : pour toi. Droit de vote normal (1 voix) mais droit économique réduit (tu reçois 2x moins de dividendes). Ou, inverse : 1 voix économique, 2 voix de vote.
  • Options d'achat : 10-15 % du capital pour les futurs employees, vesting 4 ans.

Les investisseurs acceptent rarement les actions de classe B avec droits multiples excessifs (genre 10 voix), mais une classe B avec droit économique réduit (tu as le veto, l'investisseur a l'argent) : souvent oui.

Étape 4 : Définir le pacte d'actionnaires

C'est un contrat entre toi et les investisseurs. Il dit :

  • Qui siège au conseil : "Toi comme PDG, l'investisseur désigne 1 administrateur, les 2 fondateurs ensemble désignent 1 autre"
  • Quoi nécessite un veto : "Vente de l'entreprise, levée supplémentaire, changement de secteur : approbation de 2/3 des administrateurs nécessaire"
  • Quoi est réservé au PDG : "Achat courant sous 50 K€, embauche sous manager, budget marketing : décision du PDG seul"
  • Clauses de liquidité : "Si une offre d'achat arrive, l'investisseur a le droit de participer (anti-dilution) et de bloquer si ça vaut moins de 5x son investissement"
  • Droit de participation : "À la prochaine levée, l'investisseur peut mettre plus d'argent pour ne pas être dilué"

L'impact de la levée sur ta dilution : chiffres réels

Voici ce qu'il se passe réellement en trois levées :

Point de départ

  • Toi 100 % du capital
  • Valeur estimée : 500 K€

Levée Seed (amis, famille, angels)

  • Tu lèves 200 K€ à valuation 1 M€ (donc tu cèdes 200 K€ / 1 M€ = 20 % du capital)
  • Après Seed : toi 80 %, investisseurs seed 20 %
  • Nouvelles actions créées : 250 actions ordinaires pour seed, toi 1 000 actions ordinaires = 80 % du capital total 1 250

Levée Série A (VC réel)

  • Tu lèves 2 M€ à valuation 5 M€ post-money (donc tu cèdes 2 / 5 = 40 % du capital)
  • L'investisseur Série A prend 40 % du capital post-A
  • Avant A : cap table = toi 1 000 actions (80 %), seed 250 actions (20 %). Total 1 250 actions.
  • Après A : il faut 1 250 / 0.6 = 2 083 actions totales. L'investisseur Série A prend 2 083 * 0.4 = 833 actions.
  • Toi tu descends à 1 000 / 2 083 = 48 % du capital. Seed descend à 250 / 2 083 = 12 %.

Levée Série B (croissance)

  • Tu lèves 4 M€ à valuation 10 M€ post-money (donc 40 % du capital cédé)
  • Avant B : 2 083 actions (toi 48 %, Série A 40 %, seed 12 %)
  • Après B : 2 083 / 0.6 = 3 471 actions totales. Série B prend 3 471 * 0.4 = 1 388 actions.
  • Toi tu descends à 1 000 / 3 471 = 28.8 % du capital
  • Série A descend à 833 / 3 471 = 24 %
  • Seed descend à 250 / 3 471 = 7.2 %

Résultat final : toi 28.8 % du capital. C'est pas folle pour le PDG après 3 levées de "réussite". Mais si tu as un bon pacte d'actionnaires et un board respectueux, tu contrôles toujours les décisions opérationnelles. Les investisseurs Série A et B ont leur mot sur les gros virages, mais c'est toi qui dirige au quotidien.

Les pièges à éviter

Illustration : Les pièges à éviter

Piège 1 : Une cap table compliquée à la levée

Avant une levée, "nettoie" ta cap table : reviens avec tous tes anciens associés ou donneurs de conseil, clos les options des gens partis, crée une structure lisible. Un investisseur qui voit une cap table à 15 actionnaires différents (co-fondateurs disparus, angel pas regroupés, employés en options non finalisés) va poser 20 questions de diligence. Ça ralentit tout.

Piège 2 : Croire que tu vas garder 51 % du capital

Statistiquement, après une Série A, tu as 40-60 % du capital. Après Série B, 20-40 %. Si tu veux 51 %, tu dois lever petit ou très tard, ce qui limite ta croissance. Accepte la dilution et négocie le contrôle par le pacte d'actionnaires plutôt que par le capital.

Piège 3 : Négliger le vesting sur tes propres actions

Quelquefois, les investisseurs (particulièrement les VCs) demandent à ce que même tes actions soient vesting : par exemple, tu as gagné tes 1 000 actions sur 4 ans aussi (simple fairness : si les options de tes employés vesting, les tiennes aussi). C'est juste, accepte-le. Ça protège aussi l'entreprise si tu t'en vas.

Piège 4 : Oublier les options pour les futurs employés

Avant une levée, réserve 10-15 % du capital en options d'achat (ESOP, Employee Stock Option Plan) avec vesting 4 ans. C'est une arme de recruitement insensible. Les investisseurs veulent voir qu'il y a déjà une réserve allouée, sinon ils vont demander une autre levée juste pour créer les options.

Avant de lever, ta checklist

  • Cap table auditée : qui a quoi, depuis quand, pour quoi ?
  • Statuts à jour : catégories d'actions (A, B, C) ? Droits de vote clairs ?
  • Pacte d'actionnaires existant ? Mis à jour ?
  • Employés clés avec stock-options ? Vesting 4 ans, cliffage 1 an (standard) ?
  • Perte d'un co-fondateur ? Rachat de ses actions ou annulation ?
  • Réserve ESOP : 10-15 % allouée pour les futurs embauchés ?
  • Assurance « Clé » : si tu meurs, quelqu'un reprend, la valeur est assurée ?
  • Fiscalité : tes options qualifient-elles pour les régimes PEA-PME / JEI ?

Une cap table propre, c'est un mois de travail avant la levée. C'est 3 mois de gagnés en due diligence ensuite.

Questions fréquentes

Puis-je conserver 51 % du capital après une levée Série A ?+

Rarement sans structuration en amont. Une levée Série A standard dilue le fondateur de 20 à 40 %. Si tu avais 100 % avant, tu tombes à 60-80 % après. Pour rester au-dessus de 51 %, tu dois soit (1) lever peu d'argent relativement à ta valorisation (levée petite sur une grosse valorisation), soit (2) avoir structuré des droits de vote multiples en amont (ce qu'un investisseur réclamera souvent pour rester lui-même au-dessus de 30-40 % pour son pouvoir de veto), soit (3) prendre la décision en amont que le contrôle sera partagé et que la gouvernance (pactes d'actionnaires) protège tes droits stratégiques même avec 35-45 % du capital. La réalité : 51 % c'est la majorité absolue et elle est rare après une Série A. C'est pour ça que les investisseurs négocient les sièges de gouvernance (1-2 sièges pour l'investisseur qui représente le fonds, 1-2 pour les fondateurs) plutôt que de compter sur le pourcentage pur.

Qu'est-ce qu'une action à droit de vote multiple ?+

Une action à droit de vote multiple (ou droit de vote double, triple, etc.) donne plus d'une voix par action. Exemple : tu as 1 000 actions ordinaires (1 voix chacune = 1 000 voix) et 500 actions de classe B (2 voix chacune = 1 000 voix). Total : 1 500 actions, 2 000 voix. Un investisseur qui achète des actions ordinaires détient du capital mais pas de super-droit de vote : c'est ce que tu peux garder. Légalement en France (SAS, SARL, SA), c'est possible depuis la loi Macron (2015) tant que c'est dans les statuts. Fiscalement, c'est neutre (pas plus d'impôts). Les investisseurs acceptent rarement ça, sauf si c'est transparent en amont et que les pactes d'actionnaires incluent des protections pour eux (veto sur les gros investissements, révocation du PDG, etc.). Avantage : tu contrôles avec peu de capital. Inconvénient : ça crie « j'ai peur de perdre le contrôle » et certains investisseurs refusent d'y participer (VCs institutionnels américains, notamment).

Quel est le rôle d'un pacte d'actionnaires dans la gouvernance ?+

Le pacte d'actionnaires (ou shareholders agreement) est le contrat qui régit comment les décisions se prennent. Les statuts disent « on vote à la majorité », le pacte dit « même si tu as 60 % du capital, tu ne peux pas vendre l'entreprise sans l'accord de l'investisseur qui en a 30 % ». Il protège les minorités (droit de veto sur les hauts investissements, les changements de stratégie, les acquisitions). Pour toi fondateur, c'est crucial : même si un investisseur prend 40 % du capital, un bon pacte te laisse la gouvernance opérationnelle (décisions jour-à-jour), et tu gardes le droit de te verser un salaire équitable, de faire entrer d'autres employés clés, etc. Les investisseurs réclament des clauses de liquidité (droit de vente forcée si tu refuses une sortie lucrative) et des droits de participation aux futures levées (anti-dilution). Le pacte c'est pas juste pour eux : c'est le contrat qui protège tout le monde.

Comment gérer la dilution du fondateur sur plusieurs levées ?+

Chaque levée te dilue. Levée Seed (ami, famille, angels) : tu perds 5-10 %. Levée Série A : tu perds 20-40 %. Série B : tu perds 10-30 % de ce qu'il te reste. À l'issue : tu peux finir avec 20-30 % après 3 levées, même si tu as 51 % du capital avant. C'est normal. Pour gérer : (1) négocier un bassin d'options réservé pour les futurs embauchés (ESOP, 10-15 % du capital) qu'on ne dilue pas le fondateur au-delà du pro-rata, (2) utiliser une levée de dette (par exemple un prêt convertible) plutôt que des equity si possible, (3) structurer les levées avec des anti-dilution faibles (moyenne plutôt que full ratchet) pour toi. Les investisseurs vont demander des clauses qui les protègent eux : anti-dilution, participation aux futures levées. Le jeu : négocier une structure qui dilue le fondateur graduellement mais prévisiblement, pas brutalement.

Que regardent les investisseurs dans la structure de capital ?+

Trois choses. (1) La cap table lisible : qui a combien, depuis quand, pour combien d'argent ? Les investisseurs regardent les tours passés pour comprendre la dilution historique. (2) Les conflits d'intérêts : un fondateur qui a donné 10 % à un ami personnel crée une risk (si l'ami se fâche, il peut veto des décisions). Les vrais investisseurs vont demander une option de rachat obligatoire si l'ami s'en va ou une forfeiture si l'ami reste inactif. (3) La gouvernance claire : qui peut voter quoi ? Existe-t-il des vetos ? Les investisseurs réclament des sièges de gouvernance (board seats) dès la Série A, même s'ils n'ont que 30 % du capital. Ils regardent aussi si tu as des actions réservées pour tes collaborateurs clés (4 ans de vesting typiquement). Une cap table propre = pas de disputes, pas de passif latent, plus facile de lever la prochaine tranche.

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